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JACQUES COEUR DE BOURGES |
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Détail central de la loge aux musiciens, salle dapparat du palais. Le globe crucifère symbole de la matière première de la Voie Sèche est adroitement représenté par un cur insérant une coquille et surmonté dune croix templière, le tout placé dans un matras. En haut à droite un ange, probablement tenant une coquille, à gauche laigle tenant le cur. Les lignes de croisement sont décorés avec la plume, symbole du volatil, du subtil. A la croisée des lignes, léglantine ou rose alchimique dont les pétales ont la forme dun cur.
vitrail chapelle funéraire Jacques Cur cathédrale St Etienne. Au cur de la croix, neuf cloches évoquent les neuf Grands Maîtres de lOrdre Templier.
détail matras, scène de lathanor, escalier chapelle palais Jacques Cur Bourges. Croix templière surmontant le globe, lensemble forme le symbole de la matière première de la « voie sèche » ou voie par le feu. Le globe, ici, est adroitement évoqué par le cur et la coquille emblèmes de Jacques Cur.
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11. LE CHEVALIER AU COEUR ET A LA COQUILLE La chevalerie est une réalité du Moyen Age. Elle échappe aux cadres matérialistes, préformés et limités de notre culture ambiante. Sa dimension mystique appartient au domaine de lintangible, de lindicible, de ce qui ne se prouve pas, mais ne peut que séprouver dans une conviction personnelle intérieure profonde. Cet esprit animait Jacques CUR lorsquil écrivait : « la quête du Saint Graal ne se fera pas sans moi ». Par ces quelques mots, il sinscrivait dans la lignée des légendes celtiques, du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde, des Croisés et Templiers partis en Terre Sainte. En témoignent ses liens avec les Chevaliers de Saint Jean de Rhodes, sa négociation pour leur libération auprès de lEgypte, la Croisade de Calixte III quil co-finance et co-dirige pour la libération des territoires chrétiens. Toute sa vie et jusquà sa sortie officielle de lHistoire, Jacques CUR reste fidèle à la devise quil choisit lorsquil est anobli en 1441 : « A VAILLANS CUERS RIENS IMPOSSIBLE » Est-il devise plus chevaleresque ? Sans doute est-ce cette qualité qui lui fait recevoir avec faste dans son hôtel privé de Montpellier le Chevalier Errant Jacques de Lalaing, de même quil nhésite pas à avoir des échanges avec les plus grandes têtes de son époque, des papes aux rois, en passant par les sultans et les Chevaliers de Rhodes dont il se fait des alliés. JACQUES CUR ET JEANNE DARC En écrivant « lhomme aux yeux démeraude, il ma fallu « mettre les points sur les i » pour comprendre le lien qui unissait ces deux êtres, même si aucun échange de courrier entre eux ne venait en attester. Comment cet homme aurait-il pu ne pas se sentir lié à celle qui était venue les libérer ? Il avait souffert de la guerre, participé à la fonte des monnaies pour financer lépopée de la Pucelle, sauté de joie à la libération des territoires quil avait financée et dont il avait adroitement profité. Peut-être même avait-il accompagné son ami Ravand le Danois, Maître de la Monnaie de Bourges, qui assistait au Sacre de Charles VII à Reims. Il avait sans doute pleuré en apprenant la défaite de Jeanne devant Paris, ses longs mois demprisonnement et son bûcher. Peut-être même lavait-il rencontrée lors du triste hiver quelle avait passé à Bourges avant daccepter le calice que le Destin lui tendait ? Bien quil ny ait aucun document le prouvant, jai imaginé les rencontres entre Jeanne dArc et Jacques Cur. Le rôle quils ont tous deux joué dans la libération de leur pays ne peut être que lexpression dun lien profond. Quoi de plus chevaleresque, pour ces deux héros de notre histoire nationale, que de faire don de soi, de sa vie et, pour Jacques Coeur, de ses biens pour sauver son pays ? « Sire, ce que jai est vôtre ». Charles VII lentend si bien entendu quil trouve le moyen le plus radical pour semparer des biens de son sujet, le crime de lèse-majesté. Comme il avait abandonné Jeanne dArc à son triste sort sans guère lever le petit doigt, il trahira lhomme qui contribua grandement à le « bien servir » et le porter au sommet du pouvoir. La première qualité de chevalier que nous pouvons reconnaître à Jacques Cur est bien celle dalter ego de Jeanne dArc car il permit la libération du pays en finançant la fin de la Guerre de Cent Ans. Nous pouvons dire en ce sens quil continua et termina luvre de Jeanne dArc. Dresser un portrait du Chevalier Cur pose également la question de lapparence, des capacités physiques et des tendances psychologiques. Jacques Cur est resté dans lHistoire par quelques descriptions, notamment celle où il caracole à côté de Charles VII, de Dunois et de Pierre Brézé en véritable chevalier, lors de la libération de Rouen quil avait largement financée. Il passe sa vie à cheval, fait donc preuve dune vitalité hors norme et dune volonté de méconnaissance du danger. Il faut dire quil sait manier lépée grâce aux leçons prises avec son Maître dArmes. Quoi qu'il en soit, il est difficile de l'imaginer malingre, fluet, timide et renfermé. Il est étonnant quaucun portrait historique dépoque nait été laissé à la postérité, suffisamment réaliste pour connaître le véritable visage du Grand Argentier. Le seul portrait proche est celui de lenluminure représentant la scène de « lamende honorable » à genoux des Chroniques de Monstrelet. Existe-t-il un portrait dans le Livre dHeures de la Stadtlieche Bibliothèque de Munich dont il pourrait être lorigine et où est représenté le dais de la façade du palais avec une statue équestre de Charles VII ? Cela rappelle lénigme Fulcanelli dont ni le visage, ni lidentité à ce jour nont été révélés, même par ceux qui lont approché de près. Jacques Cur, par contre, a tenu à être représenté sur les murs de son palais. Les personnages principaux sculptés sur la façade extérieure du donjon représentent Macée de Léodepart, son épouse, et lui-même tenant un marteau, posant sur un rocher. Il montre là limportance quil accordait à ses activités dexploitant minier complémentaires de la Monnaie. Certains diront que là encore lalchimie le motivait car le rocher représente également la matière première des alchimistes, extraite de la mine. ![]() Sest-il fait représenter dans la fausse fenêtre de la façade en frontispice ? Cest là un personnage au faciès typiquement berruyer qui y est installé, guettant le passant pressé. Il est cependant deux pistes à étudier. Jacques-Henri Bauchy, dans « Jacques Cur, roi sans couronne », éditions Horvath, 1988, écrit, pages 143, 144 : « Nous savons quà léglise Saint Paul de Paris une verrière, aujourdhui détruite, le représentait aux côtés de Charles VII et de Jeanne dArc et que, vers 1449, son fidèle ami, le pape Nicolas V, envoya en France le peintre florentin Pietro della Francesca afin dy portraiturer le roi et divers personnages de la Cour, en témoignage de reconnaissance pour lextinction du schisme occasionné par Félix V. Jacques Cur, principal plénipotentiaire de lambassade qui avait mis fin à ce schisme, était certainement lun des modèles du peintre. Malheureusement, la toile qui le représentait na jamais pu être identifiée. » Existe-t-il des reproductions de la verrière de léglise Saint Paul ? Il est logique de penser que Nicolas V, en remerciement au succès des négociations de Jacques Cur auprès de Félix V, ait exprimé le souhait que son peintre réalise le portrait de Jacques Cur, lami quil avait hébergé dans ses appartements privés lors de lambassade de Rome. Une étude exhaustive de luvre du peintre florentin éclaircirait peut-être ce mystère. Il y a cependant un détail de vitrail qui pourrait révéler le visage du Grand Argentier. Il sagit du portrait serti dans le pommeau de lépée de Sainte Catherine, vitrail de lAnnonciation de la chapelle funéraire de la cathédrale Saint Etienne, Bourges. Certains historiens pensent quil sagit du portrait du maître verrier qui a réalisé le vitrail. Si nous replaçons ce détail dans le contexte des symboles alchimiques, il peut aisément être rattaché à un portrait de nature laiteuse, donc lunaire. Souvenons-nous que la Lune est présente sur les murs du palais, sur les blasons de sa chapelle, même les différentes phases de la Lune, essentielle au processus alchimique. La position même sur le pommeau de lépée porte un symbole, celui du travail pyrique, de la transmutation par le feu. Il en est de même de lattachement de Jacques Cur à Sainte Catherine dAlexandrie, reconnue par les alchimistes pour ses trois attributs, le livre, lépée, la roue. Cest, là encore, un faciès qui semble typiquement berrichon. Est-ce celui de Jacques Cur ? Seule, une comparaison avec dautres portraits pourrait éclairer ce visage dont les traits semblent fatigués, torturés. Il rappelle le visage dune petite statue de bois qui était autrefois visible au Musée Languedocien de Montpellier, demeure de Jacques Cur, actuellement Hôtel des Trésoriers de France. Cette statue portait la mention « XVème siècle, trésor de Jacques Cur » et représentait un homme montrant son cur mis à nu dans une poitrine déchirée. Il est dommage que ces deux portraits ne puissent être comparés. Les activités de Jacques Cur à Rhodes sont fondamentales dans son histoire. Sous la protection des Chevaliers Hospitaliers, protégés de la Reine Yolande dAragon, il fond largent sorti illégalement du royaume. Il protège à son tour les chevaliers hospitaliers dans son intervention auprès du Sultan dEgypte Les chevaliers sont emprisonnés en Egypte. Jacques Cur négocie et obtient la libération des dix chevaliers de Rhodes retenus emprisonnés. Noublions pas que les Hospitaliers de Rhodes ont hérité des biens des Templiers. Curieusement, nous retrouvons la croix du Temple dans luvre de Jacques Cur. Appartient-il à lordre du Temple qui a continué malgré lextermination de 1307 ? En 1318, lors du chapitre de Spoletto, 3000 chevaliers du Temple sont rassemblés pour décider du devenir du Temple et choisissent dexister dans le secret. Les Templiers étaient réputés être alchimistes. Ils possédaient les mines, contrôlaient le système bancaire. Le Roi était leur débiteur. Parallèle frappant avec Jacques Cur qui, comme eux, le paiera très cher. Contrairement aux idées répandues, lOrdre du Temple nest pas mort. La rencontre de Spoletto, en Italie, en 1318, rassemble trois mille chevaliers venus décider du devenir de lordre. Deux factions sopposent. La première demande vengeance. La seconde veut perpétuer lOrdre du Temple dans le secret. Cette faction lemporte. Cétait seulement un siècle avant Jacques Cur. Dans son livre « Gilles de Rais et Jacques Cur », Roger Facom évoque lappartenance de Jacques Cur à lOrdre Templier.
Dans Alchimie, page 271, Van Lennep évoque le mouvement rosicrusien. Il développe :
« Pour Fulcanelli, celui-ci existait déjà au quinzième et au seizième siècles, puisquil imagina que Jacques Cur, Jean Lallemant et Louis dEstissac en étaient membres ».
Certains écrits évoquent lappartenance de Jacques Cur à une résurgence de lOrdre Templier, notamment Roger Facon. Aucune archive ne nous permet de laffirmer. Outre le parallèle étrange, il faut bien le dire, entre le destin de ces chevaliers et celui de Jacques Cur, regardons attentivement quelques éléments de son uvre :
Dans la chapelle funéraire que Jacques Cur fit construire dans le fenestrage du Duc de Berry, Cathédrale Saint Etienne, Bourges, deux vitraux semblent perdus dans la richesse de la représentation de lAnnonciation et des motifs majeurs. Font-ils partie de l'ensemble commandité par Jacques Coeur ? Si oui, ils sont révélateurs dune possible appartenance à un ordre templier résurgent.
Le premier vitrail rejoint le détail de la scène de lathanor et du motif central de la Loge aux musiciens, la croix templière. Là encore, il s'agit de la croix la plus représentative du Temple. Si nous en doutions, les neuf cloches centrales névoquent-elles pas les neuf premiers Grands Maîtres de lOrdre Templier ?
Le second vitrail présente une blason complexe où se voient l'églantine, des cordes entrelacées et une croix de Malte. Pour conclure, là encore, tournons-nous vers de nouvelles questions ? A une époque où les ordres de chevalerie fleurissent, Jacques Cur insiste-t-il tant à représenter la croix templière la plus figurative de lOrdre du Temple parce quil en fait partie malgré la fin reconnue et acceptée officiellement de cet ordre qui, après le rassemblement de Spoletto, aurait continué dans le secret ? Eprouve-t-il simplement pour cet ordre chevalier un sentiment de sympathie tout particulier ? Comme les Templiers, il répondra à lappel de Calixte III pour co-financer et co-diriger la croisade de ce dernier contre les Ottomans pour défendre la Chrétienté en Méditerranée. Les liens de Jacques Cur avec lOrdre des Chevaliers de Rhodes ne sont plus à prouver. Bien que lHistoire officielle insiste sur les rivalités ayant existé entre les Chevaliers du Temple et les Chevaliers de Rhodes qui héritèrent des biens saisis au Temple par lEglise, parmi les Chevaliers de Rhodes se trouvait-il des Maîtres Templiers ? Le Mystère de la continuation de lOrdre du Temple dans le secret na-t-il pas des résonances troublantes avec la mort jamais prouvée du Chevalier au Cur et à la Coquille étrangement disparu en Méditerranée ?
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