JACQUES COEUR, ALCHIMISTE ?

PAR JOËLLE OLDENBOURG
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12/ Bernard CHAUVIERE

Comment parler d'alchimie chez Jacques Coeur sans laisser parler un alchimiste ? La plus élémentaire des honnêtetés est d'écouter, même si l'on ne veut pas entendre, ce qu'un opératif actuel dirait sur ce sujet.

Bernard Chauvière, spécialiste professionnel de la dorure sur livres anciens et érudit de nature, ne cache pas ses pratiques de la Science d'Hermès. Il les expose dans l'ouvrage : "Parcours alchimique à l'usage d'un opératif", éditions Liber Mirabilis, Londres, 2000. Il y révèle également ses liens personnels avec celui qu'il considère comme son maître à penser et pratiquer, Eugène Canseliet. Comme lui, Bernard Chauvière s'est particulièrement intéressé à Jacques Coeur. Il décrit longuement les figures hiéroglyphiques de l'hôtel Jacques Coeur à Montpellier.

Il écrit, tout spécialement à l'intention des Amis de Jacques Coeur, et commente l'extrait de Pierre Borel déjà cité dans LES REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES:

"La qualité d'alchimiste de Jacques Coeur ne saurait être mise en doute au vu des sculptures symboliques du palais de Bourges et de la description de l'ornementation d'une de ses possessions à Montpellier par Pierre Borel dans l'ouvrage intitulé :

"TRESOR DE RECHERCHES ET ANTIQUITEZ GAULOISES ET FRANCAISES",

Paris, 1655, page 127 :

"On y voit , écrit Pierre Borel, trois portails faits en forme de fourneaux, comme ceux de Nicolas Flamel. A l’un il y a, d’un côté, un soleil plein de fleurs de lis et de l’autre une lune pleine aussi de fleurs et de lis, et entourée d’une couronne d’épines, qui semblent dénoter la pierre solaire et lunaire venues à leur perfection. A l’autre portail, on voit d’un côté un arbre fruitier, ayant au pied des branches de roses, et dudit arbre pendant les armes de Jacques Cœur dans un écusson ; de l’autre côté, il y a le caractère chimique du soleil.
Au troisième portail, qui est celui du milieu, il y a d’un côté un cerf qui porte une bannière, ayant un collier fleurdelysé, environné d’une branche d’arbre ou matière des philosophes qui, au commencement, est volatile et légère comme le cerf, et de l’autre, il y a un écu de France soutenu par deux griffons. »

"Quoi de plus alchimique, renchérit Bernard Chauvière ? Ajoutons qu'aujourd'hui encore, rue Jacques Coeur, à Montpellier, l'amateur de la science hermétique peut admirer un portail symbolique que nous avons analysé dans notre ouvrage "Parcours alchimique à l'usage d'un opératif". David de Planis Campy cite également Jacques Coeur comme possesseur de la pierre au blanc permettant la transmutation des métaux vulgaires en argent.

"Quant au palais Jacques Coeur, nous ne pouvons, après Fulcanelli, que déplorer le vandalisme des siècles passés qui nous prive aujourd'hui de ce qu'il décrit comme un véritable musée d'emblèmes hermétiques. Il reste toutefois suffisament de sculptures pour nous permettre d'imaginer la magnificence de la demeure de Jacques Coeur au XVème siècle.

"Pour nous, il est pratiquement certain qu'une partie de la fortune de Jacques Coeur était issue de sa pratique alchimique. Comme le signale Eugène Canseliet, "dès que Jacques Coeur eût chassé les Anglais de la Normandie sous le poids de son numéraire - cent mille écus d'or -, il fut arrêté et envoyé en prison au château de Lusignan en Poitou". Charles VII le "bien servi" avait décidément une bien curieuse façon de remercier ses serviteurs !."

Bernard Chauvière, Mouans Sartoux, le 3 Septembre 2005, pour les Amis de Jacques Coeur.


En l’an de grâce 2000 après J.C., Bourges et les Amis de Jacques Coeur fêtaient le 600ème anniversaire de la naissance du Grand Argentier. Je rédigeai en quatre mois « l’homme aux yeux d’émeraude » après quinze années de recherche sur la vie fabuleuse, jamais épuisée de cet homme qui, depuis que j’étais enfant, m’interpellait. Cette même année, Bernard Chauvière écrivait son

«PARCOURS ALCHIMIQUE A L'USAGE D'UN OPERATIF »

aux éditions Liber Mirabilis, consacrant une page aux figures dites hiéroglyphiques de Montpellier. Bien que la date exacte de Jacques Cœur ne soit pas connue, depuis cette année 2000, l’intérêt du public pour cette figure de proue du quinzième siècle français ne cesse de croître. Bernard Chauvière cite, en frontispice de son ouvrage, Fulcanelli :

« Celui qui craint le labeur manuel, la chaleur des fourneaux, la poussière du charbon, le danger des réactions inconnues, et l’insomnie des longues veilles, celui là ne saura jamais rien. »

Nous sommes donc prévenus par le titre et la citation, l’écrivain pratique bel et bien la « philosophie hermétique », comme se plaisent à la nommer ses praticiens. Page 55, la planche 17 présente l’illustration des figures dites « hiéroglyphiques » réalisée au fusain par l’auteur. Cet ensemble de figures décore l’un des piliers soutenant les croisées d’ogives du couloir d’entrée de l’Hôtel Jacques Cœur de Montpellier. Cette bâtisse située rue Jacques Cœur, rebaptisée Hôtel des Trésoriers de France, appartient de nos jours à la Société Archéologique de Montpellier et abrite le Musée Languedocien. Il est fort dommage que l’exposition réalisée par le musée en 2004 sur le thème « vivre au palais au Moyen Age » ait oublié de consacrer un panneau à son illustre possesseur et restaurateur. Pouvait-on trouver meilleure référence que cette vie au palais à cette période ? Réminiscence peut-être du procès dans lequel les Montpelliérains ont fait payer à Jacques Cœur le fait qu’il les ait abandonnés pour le port provençal ! Je regrette encore que le petit homme de bois déchirant sa poitrine exposé au Musée Languedocien au début des années 90 comme ayant  appartenu au trésor de Jacques Cœur, longuement décrit dans « l’homme aux yeux d’émeraude », là encore, n’ait pas été présenté au public lors de cette exposition par ailleurs très attrayante et bien documentée.

 Voici comment Bernard Chauvière, s’adressant à des alchimistes, pages 53 et 54, présente l’ensemble alchimique de Montpellier:

 « Revenons à la maison renaissance de Beaulieu afin de nous intéresser à cette jeune femme représentant la matière de l’œuvre : la vierge minérale. Détail simplifié et important, le drap dont elle se protège affecte la forme du signe de la précipitation, précipitation dont le résultat est signalé par le visage solaire. Cela signifie, plus précisément, la matérialisation du petit soleil minéral, de cette rémore qui amènera l’alchimiste à la pierre philosophale. Cette phase délicate du second œuvre est précédée des sublimations, auxquelles semble se rapporter la représentation suivante sculptée sur les chapiteaux de trois colonnes supportant une ogive suffisamment haute pour laisser passer un homme à cheval (planche 17).

 

"Ces sculptures se situent rue Jacques Cœur, à Montpellier, en un bâtiment ayant été construit par le Grand Argentier. Un dragon ailé pointe sa langue fléchée vers le visage d’une femme au corps de poisson qu’elle partage avec un homme barbu. A l’extrême gauche, un étrange oiseau (planche 18), au corps massif, à la queue de saurien, les ailes déployées, semble prêt à prendre son envol. Son regard, étonnamment fixe, nous désigne les piliers de l’angle opposé, où se trouve gravé le blason de Jacques Cœur, soutenu de part et d’autre, par deux jeunes gens, eux-mêmes entourés par un phylactère sur lequel se lit la devise suivante :

 "A VAILLANS CUERS RIENS IMPOSSIBLE"

"DE MA JOIE DIRE, FAIRE, TAIRE".

"La substance volatile,  issue du dragon ailé, désigne notre matière première. Celle-ci se devra d’être fixée comme l’indique la langue triangulaire pointée en direction du visage féminin. « Fais fixe le volatile » recommandent les auteurs. Le poisson à double tête représente le rebis, double matière, mercure et soufre.
"Quant à l’oiseau fantastique, on remarquera l’extrémité de son appendice caudal qui se termine par une tête de lion. Son chef de lion également est pourvu d’une huppe et, chose étonnante, son menton porte une barbichette : le postiche que portaient les pharaons en ancienne Egypte ! Cet attribut est lié au culte des morts d’Osiris. La tête de lion, ce « caput mortum », d’où naîtra le lion rouge, prendra la volatilité mercurielle marquée ici par la huppe surmontant son crâne. Ne devons-nous pas envisager que le Grand Argentier ait voulu indiquer qu’au cours de ses multiples voyages il aborda la terre d’Egypte, berceau de l’alchimie, et qu’il nous en laissa, en unissant symbolisme alchimique et égyptien, la preuve formelle ?

"Les ailes à demi déployées de notre oiseau alchimique semblent bien s’apparenter à celles d’un aigle. Le résultat de l’opération ne peut s’accomplir sans le secours du lion vert et du lion rouge représentés sur notre sculpture par les deux faces léonines.

"Le mercure issu de la terre contient en lui les particules purissimes du soufre. Suivant l’enseignement d’Eugène Canseliet, « le soleil, or philosophique, sec, sulfureux et fixe, a pris les ailes propres à la volatilité mercurielle et s’élève de l’onde à laquelle il doit ses nouvelles qualités ».

"Cette phrase du maître ne s’applique-t-elle pas, en tous points, à la représentation symbolique du Grand Argentier de Charles VII, qui nous démontre encore ici tout son savoir ?

"Un dernier détail, avant de quitter la demeure montpelliéraine de Jacques Cœur, retient notre attention. A l’angle formé du mur de soutènement et du pilier, dirigeant son regard vers la porte d’entrée, une chouette veille sur les vestiges de l’alchimique maison et toise les postulants au grand œuvre. »

Bernard Chauvière, in "Parcours alchimique à l'usage d'un opératif".

Cet ensemble de figures est également présenté dans « d’alchimique mémoire Jacques Cœur », Institut Khepera. Les quelques phrases ci-dessus confirment combien la qualité d'alchimiste de Jacques Coeur est reconnue comme telle par ceux qui ont pour passion de mettre la main au fourneau..

.AUTRES PAGES JACQUES COEUR ET L'ALCHIMIE

1 INTRODUCTION
2. LE TRISTE SORT DE L’ALCHIMISTE DE BARGEMON
3. FULCANELLI
4. EUGENE CANSELIET
5. L’ŒUVRE ROYALE DE CHARLES VI
6. VAN LENNEP
7. AUTRES REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
8. LA LETTRE AUX ARQUEMIENS
9. DEFINIR L’ALCHIMIE
10. LE LIVRE DE PIERRE DE JACQUES COEUR
11. LE CHEVALIER AU CŒUR ET A LA COQUILLE
12.BERNARD CHAUVIERE
13. MERINDOL
14. L’HOMME AUX YEUX D’EMERAUDE, impressions d’un lecteur.
15. VOTRE AVIS SUR LA QUESTION ?
16. CONCLUSION

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