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JACQUES COEUR DE BOURGES |
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13. MERINDOL Dans la revue Micrologus, spécialisée dans les sujets médiévaux, Brepols ed., 1995, Christian de Merindol consacre quelques pages à "la légende ésotérique" de Jacques Coeur. Il constate tout d'abord deux attitudes des historiens, "la réserve ou le silence". Il analyse ensuite les références historiques relevant de l'un et de l'autre discours. Ces références apparaissent dans l'ensemble dans les pages de ce travail réalisé pour les Amis de Jacques Coeur. Nous noterons donc particulièrement les références nouvelles. Page 263 à 269 : premier discours sur Jacques Coeur et l'alchimie : le silence. Page 269 : second discours sur Jacques Coeur : l'apparition d'activités alchimiques. Ce second discours apparaît dès la première moitié du XVIème siècle, Il cite "un recueil de recettes du XVIème siècle mentionnant plusieurs recettes de "Jacobi Cordier, civis Bituricensis". Orléans, Bibl. Municipale, ms 291, fol. 105-164. Des textes le précédant sont accompagnés des dates de 1516 et 1517. S'agit-il réellement de Jacques Coeur ? Quelle est la nature de ces "recettes" ? S'il s'agit d'alchimie, s'agit-il de la "Voie sèche", de la "Voie humide", de spagirie ? Il cite également, p. 269/270, André Thevet, in La cosmographie universelle, Paris, ed. Huillier et Chaudière, 1575 : "Jacques Coeur a esté plus de vingt ans à faire la Pierre Philosophale et y oeuvra si bien qu'il se fit l'un des grands seigneurs de sa ville, lui qui n'était rien au commencement." Il continue, p. 270, avec la mention pour la première fois par François Garrault, en 1579, du terme "hiéroglyphes" employé pour décrire les motifs décoratifs du palais de Bourges. "Ses propos, ajoute-t-il, sont connus grâce à Gobet. (F. Garrault, des mines d'argent trouvées en France, 1579, in Gobet, Paris, 1779, Les anciens minéralogistes du royaume de France). Selon François Garrault, présenté comme un minéralogiste, la fortune de Jacques Coeur est fondée sur l'exploitation de ses mines." Même page, Mérindol cite F. Garrault : "Les chimistes doivent apprendre avec plaisir que Jacques Coeur ne fut qu'un grand minéralogiste et que cet homme si célèbre et si malheureux n'eut d'autre Pierre Philosophale que l'exploitation des mines et la métallurgie qu'il introduisit avec succès dans le royaume. Les mots "faire, dire, taire" qui étaient sa devise ne peuvent expliquer aucune opération de chimie ; les hiéroglyphes de ses maisons de Bourges, Montpellier, N.D. de Loches, sont des emblèmes de sa vie et de ses actions. Il y a peut-être des choses relatives aux mines, par exemple la statue qui le représente sur un mulet ferré à rebours, mais c'est un conte répété à la Croix-aux-mines, et qu'on attribue à un Maître des Mines de cet endroit qui se sauvoit ainsi pour détourner les traces de sa fuite lorsqu'on lui annonça une découverte d'argent massif, qui l'enrichit dans un instant : en reconnaissance, il fit fondre une grosse cloche qui existe dans la Paroisse de ce lieu. Ces emblèmes sont des signes qui démontrent que les mystères des anciens Chimistes annoncent des opérations très communes, très simples et qui viennent de la même tradition dans toute l'Europe." Revenons sur les commentaires de F. Garrault sur la devise "faire, dire, taire". Elle est à compléter par "de ma joie" qui donne alors un éclairage tout à fait alchimique. L'alchimie est bien une joie que l'on tait, surtout devant les dangers évoqués dans 2. LE TRISTE SORT DE L'ALCHIMISTE DE BARGEMON". Bernard CHAUVIERE, dans HISTOIRE MEDIEVALE de février 2004, page 37, développe, montrant combien cette devise est parlante et précieuse aux opératifs. Pour conforter par contre la remarque de F. Garrault, la représentation de Jacques Coeur sur la façade du donjon, posé sur un rocher et tenant une masse en main, indique combien la mine est importante à ses yeux, tout autant qu'elle l'est à des alchimistes véritables qui l'ont longuement illustrée, paraphrasée, symbolisée, comme la matière première qu'ils viennent y chercher. Au XVIIème siècle, Merindol cite David Plany-Campy et la Biblioteca Chimica de Pierre Borel, parue en 1656, notant un manuscrit de "chymie transmutatoire" de Jacques Coeur trouvé dans une bibliothèque de D. de Rudeval, Sénateur" : Page 271 : "D. de Planis-Campy, L'ouverture de l'Escole de Philosophie transmutatoire métallique, ou la plus saine et véritable explication et consiliation de tous les stiles desquels les philosophes anciens se sont servis en traictant de l'oeuvre Physique sont amplement déclarées, Paris 1633." "Iacques Coeur, cuius MS. de chimia transmutatia estrat Monspelii Senatoris, Gallia COnscriptum, in Bibliotheca D. de Rudavel Senatoris". Page 272 : Concernant le manuscrit ci-dessus : "Une pratique de chimie avec l'explication des hiéroglyphes par Jacques COeur était prévue : "Eiusd. Hyeroglyphicorum explicatuionem, et practicam quemdam, Brevi lucem Mittam". Un manuscrit, commente Merindol, accompagne fréquemment l'attribution d'activités alchimiques. Dans un texte paru l'année précédente, Pierre Borel décrit les "figures hiéroglyphiques" des portes de la Grande Loge de Montpellier qui a été construite par Jacques Coeur." Il s'agit de l'extrait du Trésor des Antiquitez Françaises et Gauloises cité par ailleurs : 7. AUTRES REFERENCES, et 12. BERNARD CHAUVIERE. Nous avons par ailleurs développé les autre sujets sur lesquels nous reviendrons ultérieurement pour mieux les compléter. La conclusion, page 278, est fort étonnante. Merindol, malgré les références qu'il cite, réfute à Jacques Coeur la qualité d'alchimiste, rejoignant en cela une forme insidieuse de silence, ignorant même le manuscrit cité par Pierre Borel sous couvert qu'il n'ait jamais été retrouvé. "A l'issue de cette étude, en retenant les trois aspects du concept médiéval de l'alchimie, selon Robert Halleux, l'art et la science de la transmutation des métaux, la philosophie naturelle qui commande et justifie la pratique transmutatoire et la doctrine médicale, rien ne permet d'y associer Jacques Coeur. Malgré quelques fascinations pour la culture nobiliaire, les qualités de l'homme... paraissent éloignées du monde de l'ésotérisme : un homme d'entreprise qui a le sens réaliste des opportunités et qui a laissé peu de traces d'une activité de lecteur ou de bibliophile. Dauvet n'a relevé que quelques livres d'heures. En revanche, l'emblématique et la thématique, sur lesquelles s'appuient les lectures alchimiques, ont été particulièrement sollicitées pour honorer le roi et magnifier le monde auquel appartenait Jacques Coeur, en un système parfaitement clair et cohérent, à l'image des usages des cours princières de l'époque." Christian de Merindol est surprenant. L'art de transformer les métaux est l'une des lignes directrices du Grand Argentier Monnayeur Maître Minier. La philosophie naturelle est inscrite dans son LIVRE DE PIERRE et les bestiaires gravés sur ses cheminées. Que vient faire ici la doctrine médicale sinon comme argument contre un Jacques Coeur non alchimiste, car non médecin ? Rien. Par ses amitiés avec le Pape bibliophile, Nicolas V, à qui, dit la tradition, il aurait rapporté des manuscrits anciens d'Orient, par les nombreux livres et lecteurs gravés sur ses murs (Même Marie tient un livre ouvert sur le vitrail de sa chapelle funéraire), par la finesse de l'art représenté et des thèmes évoqués, Jacques Coeur, malgré la contestation de l'origine du Livre d'Heures de Munich, a largement prouvé son intérêt pour l'art du livre. Son palais de Bourges est un digne continuateur de la grande tradition des Cathédrales livres de pierre. Même ses associés possédaient un livre d'heures, témoin celui de Simon de Varye. Le "maître" aurait-il fait moins que l'associé ? Le sujet des livres d'heures de Jacques Coeur est encore à ce jour à étudier. Par ailleurs, son esprit chevaleresque et les choix faits de servir son pays dans la continuité de l'oeuvre de Jeanne d'Arc prouvent bien qu'un simple sens opportuniste ne le guidait, témoin également l'amitié sans faille que lui ont gardé ses associés et son choix de partir défendre la Chrétienté. Merindol avoue tout de même que l'emblématique et la thématique reconnues dans les lectures alchimiques ont été "particulièrement sollicitées" par Jacques Coeur. il réduit tout simplement leur emploi à des usages courants pour honorer le roi et le monde auquel il appartenait. Jacques Coeur nous prouve le contraire par l'emploi seul d'une devise on ne peut plus intimiste : "de ma joie, dire, faire, taire". Cela ne l'empêche pas bien sûr d'employer également les thèmes royaux pour exprimer son respect, le lys, les cerfs par exemple. Au contraire, il a utilisé des thèmes qui lui étaient chers, comme le roi découronné, symbole alchimique s'il en est, non pour faire plaisir à son souverain, et sans tenir compte du fait qu'ils pouvaient mettre sa vie en danger, tout simplement parce que ses motivations intérieures étaient plus fortes que la réalité. La suite l'a prouvé. Il est évident, pour contredire Mérindol, que la suite de son histoire a montré que Jacques Coeur n'a jamais vraiment appartenu au monde qui gravitait autour de la royauté. Il était d'origine modeste devenu bourgeois commerçant. Rien que le fait de commercer en faisait un "paria" aux yeux de la Noblesse, son anoblissement en 1441 n'y a rien changé. Seul, l'argent qu'il gagnait trouvait grâce auprès de ceux qui en profitaient tout en le recevant comme un camouflet, Nobles et famille royale confondus. Autre preuve, ils le lui ont fait cher payer !
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