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6. VAN LENNEP « ALCHIMIE », 1985, C.C.B. éditeur, distribué par Dervy.
Dans cette somme de références historiques et bibliographiques, Van Lennep cite Jacques Cur en pages 245, 249, 261, 263 à 266, 271 et 375.
Page 245 : « On saperçoit dailleurs que quelques-uns des monuments considérés comme alchimiques sont attribuables à des personnages très riches et exerçant une activité financière. Après Flamel qui peut en être suspecté, il y eut Jacques Coeur et Jean Bourré. Leurs demeures cacheraient le secret de la pierre philosophale qui les aurait enrichis, rappelant le rapport embarrassant entre lor véritable et lor symbolique.
Page 249 : « 1926, publication par le mystérieux Fulcanelli de son livre « Le mystère des cathédrales ». Cet ouvrage étudie non seulement Notre Dame de Paris, mais aussi la cathédrale dAmiens, deux édifices de Bourges : le palais Jacques Cur et lHôtel Lallemand, ainsi que la croix cyclique dHendaye.
Page 261 : « Le rapport entre lalchimie et la cause principale de la réputation queut Nicolas Flamel dêtre un adepte, sa fortune, mérite lattention. Nous allons le retrouver souvent dans les pages qui suivront à propos de Jacques Cur, Jean Bourré, ou les Lallemand, tous grands financiers qui passèrent également pour alchimistes. Eux aussi furent les commanditaires de sculptures ou peintures intégrées par la tradition iconologique qui nous préoccupe. Cette coïncidence nest pas fortuite.
Page 262 : « La tradition de figures peintes ou sculptées, inspirées par lalchimie et ornant des édifices religieux ou profanes est ancienne. Daprès Ashmole, John Cremer, alchimiste qui, au XIVème siècle, fut abbé de Westminster, fit peindre sur un des murs de cette abbaye « les grands mystères de la pierre philosophale. »
Par ces quelques lignes, Van Lennep rappelle que lalchimie est réservée à des érudits car elle requiert la traduction de livres écrits en latin ou grec et demande des qualités intellectuelles certaines : esprit de chercheur curieux, logique, capable de comparaison et déduction, capacités danalyse et de synthèse. Il cite, dans son ouvrage, de nombreux cas de moines ou prêtres alchimistes.
Page 263 : « Le rapport entre lalchimie, la fortune ou loccupation financière peut être proposé comme une des causes de cette tradition iconologique lorsquelle est appliquée à Nicolas Flamel ou encore, comme nous allons le voir, à Jacques Cur et Jean Bourré. » Et, faisant référence aux écrits d Eugène Canseliet, il cite : « Peut-être sétonnera-t-on que nous nayons modelé aucun détail propre à fixer nettement les activités philosophiques du Grand Argentier de Louis XI. Déjà très rares dans la vie mal connue des adeptes, qui laissèrent la preuve indéniable et historique de leur accession à la vérité divine, les données précises disparaissent totalement dès quil sagit de personnages de haute condition et mêlés par surcroît au gouvernement des pays. Jacques Coeur, qui eut auprès de Charles VII un rôle analogue à celui de Jean Bourré au côté de Louis XI, pas plus que son émule immédiat, ne laissa le souvenir daucun fait certain relevant de son effort dans la philosophie chimique. Suivant les principes traditionnels généralement respectés des adeptes, il nous transmit cependant son message, voilé sous la décoration sculptée de ses nombreuses demeures. De même, Jean Bourré, attentif à retrancher de ses papiers tout ce qui eût été positif et révélateur à lendroit du grand secret de son existence, nous en dissimula la nature dans les scènes peintes de son plus beau château. »
Noublions pas, en ce qui concerne Jean Bourré, que Guillaume de Varye, directeur financier de lempire Cur dirions-nous aujourdhui, destitué par Charles VII puis réhabilité, redevient général des finances sous Louis XI. Y a-t-il entre lui et Jean Bourré une transmission alchimique ? Il serait intéressant de rechercher dans lentourage proche de Jacques Cur lexistence de membres de la famille Bourré.
Page 264 : « La réputation dalchimiste de Jacques Coeur est ancienne, puisque déjà reconnue par le médecin de Louis XIII, David de Planis-Campy : « Je ne puis icy passer la mort de Jacques Coeur, lequel en considération de ce secret quil possédait, obtint de Charles VII pouvoir de forger monnaye dargent pur, qui estaient des gros vallant trois sols, surnommez de Jacques Coeur » et qui portaient « trois curs qui estoient ses armoieries ». « En ce même dix-septième siècle, Pierre Borel rapporta quil « avoit la pierre philosophale et que tous ces commerces quil avoit sur mer, ses galères et les monnayes quil gouvernoit, nestoient que des prétextes pour se cacher, afin de nêtre point soupçonné ». Ailleurs, il précisa encore que Jacques Coeur aurait écrit sur le Grand uvre et il mentionna les figures hermétiques dont il avait orné son palais. Elles révèleraient, selon lui, le secret de la pierre au blanc qui projetée sur un métal vil le change en argent et quil aurait découverte. »
Notons, en ce qui concerne Louis XIII et son médecin, David de Planis-Campy, cet autre passage de Van Lennep, page 24 : « Lalchimie ne cessa de séduire les princes. Ainsi, en 1626, David Lagneau fut-il appointé par Louis XIII. Ce souverain avait hérité cette curiosité de son prédécesseur Henri IV et la partageait avec Richelieu. » Nous retrouvons Louis XIII, curieusement, à Beaucaire où il ordonne la tenue des états généraux et à Cuers où il donne le lys au village, information communiquée par M. Serge Porre, historien, archiviste de Cuers. Quelle raison Louix XIII a-t-il de sintéresser daussi près à un petit village bien éloigné des rênes du pouvoir ? Jacques Van Lennep cite lAbbé Lenglet-Dufresnoy qui, tout en contestant les allégations de Pierre Borel, semble reconnaître lexistence ou la rumeur dun traité dalchimie écrit par la main de Jacques Cur : « En vain Pierre Borel, amateur outré de la science hermétique, veut prouver que les grands biens de Jacques Cur viennent du secret de la transmutation des métaux. Le ministre crut se mettre à couvert des recherches en se déclarant philosophe hermétique ; il fit bâtir à Bourges une maison superbe, sur laquelle il fit graver les emblèmes de cette science, qui sy voient encore. Ce quil exécuta pareillement à Montpellier. Mais on ne fut pas la dupe de sa conduite ; on se garda bien de prendre le change ; et malgré le Traité de sa composition quil fit courir sur la transmutation des métaux, on sentit bien que toutes ses richesses venaient de ses concessions, et non pas dune louable industrie. » Concernant la référence de Pierre Borel à un traité sur la transmutation des métaux quaurait écrit Jacques Cur, lAbbé Lenglet-Dufresnoy ne semble pas en contester lexistence. Jacques Cur a-t-il accompli l « uvre au Blanc » qui permet de transformer les métaux vils en argent. Nous connaissons le rôle qua tenu le métal blanc dans la vie du Grand Argentier. Page 265 : «Pour les uns donc, Jacques Cur fut un adepte ; pour les autres, il le fit croire. Dans les deux cas, cette qualité est mise en rapport avec son degré de fortune et mieux encore son pouvoir de battre monnaie. Quels que soient les partis, la tradition iconologique se fonde dès le dix-septième siècle sur cet argument pris à tort ou à raison. »
Van Lennep décrit certaines sculptures du palais Jacques Cur à Bourges, ou plutôt reprend les commentaires de Fulcanelli que nous détaillons par ailleurs. Il note avec pertinence « la constante du trinaire ». Nous y reviendrons également car ce trinaire est lié à un concept fondamental de lalchimie représenté par lunion des éléments Soufre, Sel et Mercure philosophiques (qui, rappelle Eugène Canseliet, ne sont pas les éléments chimiques connus).
« Plusieurs tympans décorant des portes donnant sur la cour dhonneur étonnent par leur iconographie inhabituelle, particulièrement ceux qui couronnent les accès à la chapelle. Chacun des trois tympans comporte trois personnages."
Bas-relief de gauche Lun porte un livre fermé, symbole de lésotérisme, lautre sonne dune cloche, le troisième est un mendiant.
Bas-relief central « Un homme recouvre dun voile un autel qui porte un signe qui passe pour être un matras contenant la double matière de luvre suggérée par un cur et une coquille. La lecture première de ces deux emblèmes désigne le maître de céans : le cur (son patronyme) et la coquille (attribut de Saint Jacques de Compostelle), son prénom. Fulcanelli, dans le Mystère des Cathédrales, y a vu néanmoins les symboles du soufre et du mercure. Un homme aux beaux atours séloigne en élevant les yeux au ciel. Il tient une bourse et est précédé par un aveugle ou, en tout cas, un homme plus modeste qui avance à tâtons. Remercie-t-il le ciel pour ses bienfaits : la pierre quil aurait obtenue dans lautel-athanor ? Ce tympan au sujet mystérieux est sans doute à lorigine de la réputation de Jacques Cur. »
Cet élément a largement été commenté par dautres auteurs, dont Eugène Canseliet. Il est sans aucun doute le plus représentatif de la pratique alchimique et pourrait bien représenter Jacques Cur et ses deux associés, Jean de Village et Guillaume de Varye. Cest la raison pour laquelle nous avons demandé à deux alchimistes opératifs de commenter cette SCENE DE LATHANOR.
Bas-relief de droite « Il montre trois femmes de qualité, guidées par un enfant. Un ange présente un croissant lunaire. Sagirait-il dune allusion aux trois principes (soufre, mercure et agent de fusion) qui permettent dobtenir largent (la Lune), certaines opérations étant, comme on le sait, un travail de f emme et un jeu denfants ? La constante du trinaire nest certainement pas un hasard dans la décoration du palais. Deux autres tympans de portes donnant sur la cour dhonneur présentent chacun trois arbres. Sur lun, il pourrait sagir de pommiers rappelant le Jardin des Hespérides cher aux alchimistes. Sur lautre, il y a un palmier que déjà les Gréco-Egyptiens, rapprochant son nom en grec phoinix de celui identique de la couleur rouge et enfin du Phénix, considéraient comme un symbole de la pierre. Parmi les autres arbres encore retenus par lalchimie, figuraient lolivier, le chêne, le persea toujours vert et le « musa » au tronc écailleux porteur de larges feuilles. »
Nous reviendrons plus loin sur le thème du trois dans les signes laissés par Jacques Cur dans 10. LE LIVRE DE PIERRE.
« Dans la chambre dite du Trésor, un cul-de-lampe représenterait la rencontre de Tristan et Yseult épiés par le Roi Marc dont la tête apparaît dans le feuillage dun abre. Celui-ci, qui fait partie dun groupe de trois, pousse derrière un enclos carré en saillie. Alchimiquement, nous assistons à la rencontre des époux qui engendreront la pierre, ce fruit qui pousse sur larbre de la philosophie, habituellement couronné comme cest le cas ici, par la présence du roi. Un fou (le mercure) les épie. »
Cette scène a été reprise dans le roman « Jacques Cur, lhomme aux yeux démeraude » car elle évoque de manière audacieuse et ambiguë les liens quentretenaient Jacques Cur et Agnès Sorel, la Dame de Beauté, maîtresse officielle de Charles VII. Comme la sculpture en encorbellement de la chapelle du palais, le roi découronné, elle a pu déchaîner la colère du Roi. Bien que les représentations de Tristan et Yseult soient en vogue en Moyen Age, nous pouvons voir là le caractère quelque peu frondeur de Jacques Cur. Il ne pouvait ignorer que le Roi y verrait là un cuisant camouflet.
Pour les amoureux des « demeures philosophales », Van Lennep continue par la description de lHôtel Lallemant dont lun des membres, rappelons-le, était contemporain de Jacques Cur. Des échanges de marchandises entre les deux familles sont cités dans les minutes du procès.
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